Etienne Daho en concert à l'Electric Brixton


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Etienne Daho – Blitz

Quatre ans après Les Chansons de l’innocence retrouvée , leurs cordes cinématographiques, leur décor clair-obscur du Londres mondain et interlope de Francis Bacon et des frères Kray, ce Diskönoir entêtant qui donnera lieu à la tournée de toutes les extases, Etienne Daho était prêt pour une nouvelle aventure. Celle-ci prend corps sous le nom de Blitz , cette « guerre éclair » que le chanteur a voulu comme un défi, un bras d’honneur à la torpeur ambiante, nous enjoignant à rester « léger face au danger », lui qui ces dernières années est ressorti plus fort de bien des batailles et n’a jamais perdu sa légèreté de vivant, ni sa prodigieuse inspiration. En témoigne l’un des albums les plus aventureux de ses (presque) quarante années de funambulisme pop, à la fois fresque psychédélique de haut vol et recueil de ballades planantes qui ajoutent quelques chapitres ( Les Flocons de l’été , L’Etincelle ) à cette déclinaison de l’élégance française dont Daho est l’incontesté souverain.

Au départ de l’album, c’est pourtant encore vers l’Angleterre qu’Etienne oriente sa boussole, laquelle indique à nouveau l’un des pôles magnétiques de sa culture musicale, Syd Barrett, dont il a autrefois repris Arnold Layne et Late Nite , et dont l’obsession ne l’a jamais quitté. Le hasard fait qu’à deux pas de sa résidence londonienne, Daho découvre le lieu où vécu celui qui venait d’être exfiltré de Pink Floyd, dans cette Chambre 29 où furent prises les photos de la pochette du premier album solo de Barrett, The Madcap Laughs . Il n’en fallait pas plus à Daho pour mettre en branle sa machine à fantasmes, d’autant qu’un autre hasard voulut que Duggie Fields, colocataire de Syd au début des années 70, habite toujours dans les lieux. La voix de ce peintre et musicien excentrique ouvre ainsi Blitz , il est question d’une « porte dans le désert », d’un « autre monde », et c’est parti pour une longue et romanesque virée avec des Filles du Canyon , créatures maléfiques d’une équipée sauvage au féminin, un western électrique au groove sombre comme un vol de corbeau. Les étapes seront nombreuses et inattendues, car Daho n’avait jamais tant dérouté, pour finalement toujours retomber sur ses pieds, avec un disque novateur mais 100% Daho jusqu’au fond des pupilles.

Musicalement, cet album repose sur une trouvaille et des retrouvailles. Comme à son habitude, Etienne est allé dénicher une merveille rare parmi le flot anonyme des sorties de disques, en l’occurrence le premier album de The Unloved, projet mené par les Américains Jade Vincent et Keefus Ciancia avec le producteur britannique David Holmes. Les atmosphères troubles inspirées tant par l’éclat des productions Motown, la country-panoramique de Lee Hazlewood que par les vertiges toxiques de Twin Peaks, ne pouvaient que séduire un Daho, en quête depuis des années de sensations similaires. Parfaitement en symbiose avec leur nouveau correspondant français, The Unloved imprimeront leur marque unique sur deux titres de ce grand chantier, The Deep end et sa transe aux reflets orientaux, ainsi que le final Nocturne , sublime chant de départ en forme de promesse, une fois encore, de « voyager léger. »

Au rayon des retrouvailles, Etienne a repris contact avec Fabien Waltmann, l’artisan principal de son disque fétiche, Eden , sorti en 1996. Vingt ans après leur alliance fertile, les voilà qui bousculent encore une fois le paysage de la pop made in France (depuis Londres) en déployant sur pas moins de sept titres des tentures de guitares psychés, riches en ondulations cosmiques, ouvrant sur de grands espaces ( Les baisers rouges) ou plongeant à l’intérieur d’un vortex en pleine turbulence floydienne ( Voodoo Voodoo ). Au détour du Jardin , futur tube probable, Daho évoque un être cher disparu à travers une effusion de couleurs et de parfums qui témoigne de son goût pour les noces éternelles de la vie plutôt que pour les dentelles noires du chagrin. Et si le thème si Dahoien de l’« endless summer » est abordé ici à revers (L es Flocons de l’été ), on y verra l’évocation d’un été maudit de 2014 où le chanteur fut cloué au lit, avant d’en ressortir plus déterminé que jamais à ne connaître désormais que des premiers jours du reste de sa vie.

Outre The Unloved et Fabien Waltmann, Etienne poursuit également sur Blitz sa collaboration avec Jean-Louis Piérot, déjà à l’œuvre sur la majorité des Chansons de l’innocence retrouvée . Il signe à nouveau trois titres aux inspirations multiples, de L’Etincelle qu’embrasent une guitare surf au ralenti et des cordes à contre-jour, à cet Hôtel des infidèles aux accents cabaret inspirés par Kurt Weill et le souffle romanesque de la Résistance, en passant par l’épique Après le Blitz et ses multiples rebondissements. Sur ce morceau de bravoure que traverse autant le souvenir des Beach Boys que celui des étoiles disco, avec en arrière-fond subliminal un vendredi 13 parisien où l’enfer ne fut jamais si proche, Etienne a invité Flavien Berger à apporter sa légèreté d’ange sur un chœur en extase qui perce dans la nuit.

Après le Blitz , après cette traversée de « l’autre monde » et les apparitions d’amazones de l’enfer, de flocons anachroniques, de « flous entre Londres et Paris » où se dénouent Les Cordages de la nuit, et de tant d’images qui renouvellent en profondeur l’écriture de Daho, on ressort bouleversé et déboussolé de cette odyssée fantastique.

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